CNV et Argent – Apports de Marshall Rosenberg sur l’argent

CNV et Argent – Apports de Marshall Rosenberg sur l’argent

Partages de Marshall Rosenberg au sujet de l’argent, lors d’un atelier de Communication Non Violente (vidéo en anglais sous-titre français).


Traduction et sous-titres réalisés par Filipé

Marshall Rosenberg :

Là ça va être une situation vraiment difficile !
Nous devons transformer radicalement nos idées sur l’argent, et cela revient à se débarrasser de trois concepts dans notre esprit :

  • Débarrassez-vous du mot FACTURER
  • Débarrassez-vous du mot PAYER
  • Débarrassez-vous du mot VALEUR

Le message qui a radicalement transformé ma conscience de l’argent et m’a amené, à partir de ce moment-là, à vraiment essayer de garder une conscience, à chaque instant, autour de l’argent.

L’expérience qui a radicalement changé mon usage de l’argent.

C’est arrivé un jour, j’étais au bureau, c’était un samedi, j’étais en pratique privée, j’avais deux secrétaires, mais le samedi seulement une. Alors le samedi, l’unique secrétaire, va chercher le repas et elle dit : « Marshall gère le téléphone pendant mon absence, je sors nous chercher à déjeuner ».
Et elle s’en va, le téléphone sonne, c’est une femme et elle dit : « mon pédiatre a suggéré que nous venions avec mon fils de 7 ans qui a des problèmes à l’école ».
J’avais écrit un livre intitulé « Diagnostic Teaching » à l’époque qui attirait beaucoup de monde, dont des enfants qui avaient des problèmes à l’école, et donc, c’était une chose habituelle.
Elle a poursuivi : « et mon pédiatre a dit que nous devions amener mon enfant et le faire examiner par le docteur Rosenberg ».
Et j’ai dit : « c’est Marshall Rosenberg, quand voudriez-vous le faire venir ?  »
Et elle a dit, d’une voix hésitante : « Je dois d’abord vous poser une question »

Quelle était la question ?

Audience : Combien facturez-vous ?

Marshall Rosenberg : Et cela, a changé, je ne peux pas vous dire à quel point cela a radicalement changé mon usage de l’argent, depuis ces 35 dernières années : j’en ai vu l’obscénité.

Quand j'ai vu l'obscénité de l'usage de l'argent

Cela m’a aidé à comprendre pourquoi j’ai senti une émotion intense quand je lisais dans le journal, quelques jours plus tôt, qu’une personne était morte alors qu’elle était transférée d’un hôpital à un autre, après avoir eu un accident, parce qu’ils n’avaient pas d’argent pour le premier hôpital, ils n’avaient ni assurance, ni argent, et donc ils allaient les transférer à l’hôpital public, et ils sont morts en route.

Pourquoi je n’avais pas vu l’obscénité de la façon dont nous gérons l’argent jusqu’à cet instant ?

Parce que, j’étais juste en pratique privée, vous facturez cher vos services, et maintenant, pour la première fois, j’ai compris : cette femme pense que je ne lui rendrais service à son enfant que si elle me donne de l’argent, une certaine somme d’argent. Et depuis ce moment là, j’ai essayé de me libérer du système économique mondial et pour sortir des mots facturer, payer, valoir.

J’essaie de ne jamais rien payer, ne rien payer pour quelque chose !
J’essaie de ne jamais facturer quoi que ce soit ou penser que quelque chose vaut quelque chose.

Echanges avec les participants

Marshall Rosenberg : Voyons donc si vous pouvez transformer ces mots : qu’aurait-elle dit si elle avait été une girafe ? au lieu de « facturez-vous », qu’aurait-elle dit ?

Une participante : Je suis inquiète car j’ai vraiment un besoin pour mon enfant, de venir vous voir et je me demande si vous voudriez voir mon enfant, en sachant que je ne peux pas vous donner d’argent. Comme je ne peux pas vous donner d’argent accepteriez-vous que je contribue à votre bien-être d’une autre manière ?

Marshall Rosenberg : J’aime ça. J’aime ça.

Un participant : elle n’avait pas d’argent ?

Marshall Rosenberg : Elle avait très peu et je suis sûr qu’elle m’aurait donné l’argent, quelque soit la somme que je lui aurais demandé mais cela aurait été un vrai sacrifice. Je veux dire, elle aurait dû sacrifier beaucoup d’autres choses …

Un participant : Je pense que si quelqu’un me demande : combien est-ce que je facture mes services ? Je pourrais leur dire : eh bien, combien pouvez-vous vous permettre ou quelle valeur accordez-vous à ce que je vous donnerai dans cette situation ? Et, vous savez, comment voulez-vous contribuer ?

Marshall Rosenberg : On s’en rapproche. Parce que vous voyez, si j’utilise la girafe, je ne veux jamais que les personnes payent quoique ce soit : c’est devenu obscène pour moi maintenant !

Je veux leur donner le service, je veux qu’ils sachent que si j’ai quelque chose qui sert la vie, je serais heureux de le donner et la plupart du temps, maintenant, je peux le donner parce que d’autres personnes m’ont donné de l’argent pour y arriver : des personnes me donnent de l’argent, ce qui me permet de donner cela à d’autres.

Je ne veux donc pas que les gens paient pour le service.

Cela me rend la vie beaucoup plus facile, s’ils sont heureux de me donner de l’argent pour que je puisse continuer à le donner à d’autres personnes.

Différenciations clés

Vous voyez la différence ?

Je ne veux pas qu’on me donne ce que ça vaut, je veux qu’ils me donnent, ce qu’ils aimeraient me donner,  afin que je puisse continuer à le donner à d’autres. Je veux qu’ils voient, que je peux le leur donner parce que j’ai suffisamment de ressources pour vous donner ce service, mais cela me rendra la vie beaucoup plus facile et je continuerai à donner ce que j’ai aux autres, en obtenant de l’argent.

Mais assurez-vous qu’il ne s’agit pas d’un paiement !

S’il vous plaît assurez-vous, que cela répond à votre besoin de sens, de contribuer à ce que quelqu’un d’autre obtienne cela.

La nécessité de prendre le temps pour mettre de la conscience autour de l'argent

Maintenant, le problème est que cela me prend généralement une journée pour que les gens en prennent conscience.

Alors sur certains séminaires internationaux, quand les personnes veulent vraiment mettre de la conscience sur l’argent, on le faisait, nous avons rendu l’argent à tout le monde et nous avons passé une journée entière à chercher comment faire et ensuite je leur ai fait une demande de ce que j’aimerais recevoir, cela m’aiderait à continuer à donner cela aux autres.

Mais s’il vous plaît, avant d’accepter un montant, assurez-vous que c’est un cadeau que vous faites, pour répondre à votre besoin de contribuer à ce que d’autres puissent bénéficier de cela à leur tour.

Sortez de votre esprit, le concept de paiement.

Je ne veux pas qu’on me paie en argent, sauf si cela contribue à vos besoins.

Les trois quart du temps, lorsque je faisais cela pour les séminaires internationaux, j’obtenais 40% d’argent en plus.

Et une fois j’en ai eu moitié moins et j’étais très content d’en avoir la moitié parce que c’était dans un pays où je savais que les gens se sacrifiaient pour venir. J’étais très content d’en avoir la moitié.

Un participant : Mais, on pourrait dire que c’est juste de la manipulation psychologique ?

Marshall Rosenberg : C’est pour ça que je dis que j’ai besoin d’une journée entière parce que ce n’est pas une chose facile à faire comprendre aux gens et j’ai appris cela à la dure et ça a pris un moment, parce qu’après cette conversation au téléphone avec cette femme, j’ai cessé de facturer de l’argent pour mes services et je demandais aux gens ce qu’ils aimeraient me donner : près de la porte, vous verrez une boîte, donnez-moi ce que vous voulez me donner.

Et en très peu de temps, je recevais presque zéro argent. Donc je commençais à avoir des échanges avec les personnes que je connaissais bien et à explorer ce sujet, et puis j’ai pu voir que c’était trop radical pour eux. Ils m’ont dit : « Eh bien, Marshall, j’ai supposé que tu n’avais pas besoin d’argent ». Et je pouvais voir.

Partages d'expérience de la part de Marshall Rosenberg

Et puis, à ce moment-là, je commençais à voyager, et je travaillais beaucoup à San Diego, et j’ai demandé à cette femme: « Annie, pourriez-vous planifier mes rendez-vous pour moi ? Une heure avec chaque personne. » Je logeais chez elle, donc je faisais mon travail personnel chez elle.
Et donc la deuxième fois que je suis retourné travailler là-bas, j’ai remarqué qu’elle planifiait chacun de mes rendez-vous pendant deux heures au lieu d’une heure. Et j’ai dit : « Annie, pourquoi deux heures ? »
Elle a dit : « j’ai remarqué la dernière fois que tu as passé une heure à travailler avec les gens et une heure à parler d’argent. »

Vous voyez, il a fallu si longtemps pour faire comprendre cela aux gens. Alors oui, après un court laps de temps, c’est un concept assez radical. Donc, il faut un certain temps pour vraiment être clair que je n’essaie pas de vous culpabiliser ou quoi que ce soit du genre, mais qu’aimeriez-vous donner ?

Quelqu’un d’autre m’a donné assez d’argent pour manger aujourd’hui, je n’ai pas besoin d’argent pour manger aujourd’hui, mon loyer est payé pour ce mois. Je n’ai pas besoin de ça, mais j’ai besoin d’argent pour continuer à donner cela aux autres.

L'exemple d'un manteau à la vente

Tu vois, en fait, ce n’est pas si radical en ce sens que lorsque vous entrez et achetez un manteau, vous ne payez pas pour ce manteau ! 

D’autres personnes ont dû nourrir cette personne et payer la livraison du manteau là-bas. Donc vous donnez de l’argent pour que quelqu’un d’autre puisse avoir un manteau.

Ma cohérence : Je ne donne pas de l'argent à l'État s'il finance des guerres

J’ai aussi appris à gérer un autre problème délicat à cette époque, qui était : comment ne pas payer d’impôts ?
Parce que je ne voulais pas donner d’argent à mon gouvernement pour l’usage qu’il en faisait à ce moment-là.
J’étais prêt à donner de l’argent aux impôts pour ces choses auxquelles je voulais participer, mais pas pour l’armement.

Je travaillais donc dans un projet de changement social à l’époque, afin que les contribuables puissent choisir ce à quoi ils ne veulent pas que l’argent aille. Donc, je pourrais payer mes impôts, mais je voudrais être sûr qu’ils ne serviraient pas à fabriquer des armes. Mais nous n’avons pas réussi à faire valider cela.

Alors maintenant, que dois-je faire ?

Dois-je continuer à donner de l’argent, qui va être utilisé pour bombarder les gens dans les villages et ainsi de suite soutenir une guerre pour laquelle je pensais que nous n’avions pas le droit d’être engagé ?
Je ne voulais pas aller en prison, et alors j’ai trouvé un moyen et c’était l’une des meilleures choses qui ne m’était jamais arrivé, j’ai appris que la loi était telle que si vous donniez l’argent et que vous viviez sous le seuil de pauvreté, vous n’aviez pas à payer d’impôts.

J’aimais donc cette idée de donner l’argent là où je voulais qu’il aille et puis, il y avait un double bonus parce que ça m’a appris que je pouvais vivre heureux sous le seuil de pauvreté, comme si je vivais avec des revenus aisés. 

Ce fut l’une des meilleures leçons que j’aie jamais apprise. Je ne sais pas si j’aurais pu apprendre ça.
J’ai découvert que j’avais aussi beaucoup plus de temps pour faire les choses que j’aime vraiment plutôt que faire du shopping, qui était devenu une sorte d’habitude. Tu sais, faire du shopping si tu t’ennuies, et ainsi de suite…

Une participante : Pardon ? Faire du shopping sans avoir d’argent. Comment ça marche?

Marshall Rosenberg : Eh bien, tout d’abord, vous ne faite plus du shopping autant qu’avant, vous vivez avec le nécessaire.

S'organiser autrement

Et puis j’ai trouvé un système économique qui a fonctionné pour moi pendant les moments difficiles : ce système économique était avec deux de mes voisins. 

Après avoir déménagé de ma maison dans un endroit plus petit, deux de mes voisins et moi, nous avions notre propre système économique.
Nous avons chacun promis de ne pas être à sec en même temps et donc vraiment ça a vraiment bien fonctionné : quand l’un de nous était fauché, nous pouvons toujours obtenir de l’argent des autres.

Et nous avons continué à en rire, c’est d’une manière ou d’une autre l’énergie divine du système : nous n’avons jamais été fauchés tous les trois en même temps.

Mon expérience avec une entreprise

La société avec laquelle je traitais à Basel, une homme m’a appelé et a dit : « Marshall, c’était très déroutant pour mon associé ! Quand mon associé a appelé et m’a demandé, tu sais, que je te fasse venir pour travailler avec notre équipe. Mon associé est devenu très confus à propos de votre discussion sur l’argent, quand il t’a demandé : combien facturez-vous ? Il n’a rien compris , c’est pourquoi je t’appelle aujourd’hui. »

Alors j’ai essayé de lui expliquer et ce gars a compris, il l’a compris.

Je comprends, Marshall. Mais voici le problème, j’adore ça, en fait, c’est pourquoi je t’ai invité. Je t’ai entendu parler dans mon église et je veux vraiment cette formation, mais tu dois comprendre comment fonctionne notre organisation. Si je veux de l’argent pour te le donner, je dois aller dans ce service et ils me demanderont : Combien facture-t-il ? Et si tu factures dans les prix habituels…

J’ai dit que je comprenais cela, je comprends que tu es dans ce système, mais je parle avec toi, et je te dis que je suis prêt à rendre le service et j’aimerais obtenir de l’argent pour ça. Mais si tu veux gérer les affaires avec ce département, je comprends ton problème, mais je veux être clair avec toi, c’est toi qui me demande ici. Je veux que tu me donnes l’argent, pas que tu me paies avec de l’argent !

J’adore ça Marshall, ok, qu’aimerais-tu recevoir ? Et je lui ai dit combien.
Et il a dit : maintenant ça va être un vrai problème.
J’ai dit : pourquoi ?

Si je demande cela à mes supérieurs, ils vont penser que tu ne vaux rien parce que la plupart des gens que nous faisons venir, nous les payons le triple. Ils vont alors se demander quel genre de gars es-tu ?  Alors comment te sentirais-tu si je te donnais trois fois cela ?

J’ai dit si tu veux me donner trois fois ça, je le prendrai

Alors c’est à vous de décider comment vous obtenez l’argent, mais je le veux comme un cadeau de votre part et non comme un paiement.

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